Allélopathie : ensemble des effets inhibiteurs ou au contraire stimulants que les plantes exercent les unes sur les autres.
Le nez des insectes ?
L’art d’associer les plantes est un sujet très tendance, très à la mode. On évoque souvent, pour justifier certains compagnonnages, les odeurs qu’émettraient certaines plantes qui seraient répulsives sur les ravageurs.
Une hypothèse qui m’a toujours fait douté. En effet, si les insectes possèdent bien un odorat, il leur est utile pour reconnaître les plantes qu’ils vont consommer, sur lesquels ils vont pondre. Or pour marier les plantes, nous nous basons souvent sur les odeurs que nous percevons, nous, humains. Et vous m’accorderez que notre nez n’est en rien comparable avec les organes de l’odorat des insectes.
Messages souterrains
Je ne dis pas pour autant que les odeurs des végétaux ne jouent pas de rôle dans la prévention des pucerons, chenilles et autres ravageurs attaquant occasionnellement nos légumes (je respecte les fruits de l’observation de décennies de jardiniers). Mais je l’explique plus facilement par quelques données scientifiques à notre disposition par la communication souterraine des plantes.
En effet, les racines émettent des secrétions dans le sol (des phénols, des alcaloïdes, des enzymes....) qui sont autant de messages, qui possèdent une influence sur celles des végétaux voisins. Certains végétaux diffusent des substances qui leur sont spécifiques : allicine chez l’ai, pisatine par le pois...
Sombre noyer...
C’est ainsi le cas du noyer dont les racines excrètent de la juglone, une substance toxique pour certains champignons, bactéries... et pour tout un panel de plantes. D’ailleurs vous pourrez vous-même constater que la végétation est assez réduite sous le couvert des noyers. D’où la réputation de l’ombre mortelle des arbres. On a, en effet, longtemps recommandé aux moissonneurs ou aux flaneurs de ne pas s’allonger sous les noyers sous peine de maladies parfois mortelles.
Les feuilles, en se décomposant, donnent également de l’hydroxyjuglone qui se transformera en juglone dans le sol. Le jardinier peut utiliser ces propriétés, notamment en couvrant les carottes de feuilles de noyer : elles protègent du gel les carottes, betteravec et autres légumes d’hiver laissés en terre tout en étant répulsives pour les campagnols. Et notons le : le noyer est un arbre accueillant pour les syrphes qui sont d’infatigables prédateurs des pucerons.
...et épinard protecteur
L’épinard émet dans le sol des saponines, des mucilages et de l’acide oxalique qui auraient la faculté de rendre le fer plus assimilable pour les plantes qui le suivent ou pour celles qui voisinent avec lui. Autant de substances qui auraient aussi la particularité de prévenir la hernie du chou, une maladie causée par un champignon du sol. Gertrud Frank ne s’y est d’ailleurs pas trompée : elle met l’épinard en vedette dans son potager en lignes.
Pour en savoir plus :
Les livres sur les plantes associées, compagnes, sont légion. Je vous recommande vivement, avec ferveur même :
"Plantes compagnes au potager bio : le guide des cultures associées
/ Sansra Lefrançois et jean-Paul Thorez.- Terre vivante (27 €)
Ce livre ne se contente pas de répertorier les mariages conseillés (et collectés d’ouvrages en ouvrages) mais il explique les mécanisme à l’oeuvre dans les associations de plantes. Son répertoire des plantes compagnes sont une mine d’informations que, personnellement, je n’ai pas fini d’explorer.



